En novembre 1998, en pleine campagne électorale provinciale, Annabel Soutar et Alex Ivanovici prennent la route. Un mois, une voiture économique, une enregistreuse, et quatre questions simples qui visent à déterminer ce qu’est la démocratie, aujourd’hui, pour les Québécois et les Québécoises?
La première pièce de théâtre documentaire de Porte Parole représente tout un pari : une distribution de quinze comédien·ne·s francophones, anglophones et allophones; un texte bilingue, sans surtitres; et une forme encore peu connue au Québec à l’époque, le théâtre documentaire, qui fait entrer sur scène la parole réelle des citoyen·ne·s.






Novembre brosse un portrait à la fois drôle et étonnamment précis du Québec politique, à travers une foule d’histoires très concrètes — de Montréal jusqu’à l’extrémité est de la Gaspésie. Des gens qu’on n’entend pas toujours dans l’espace public, mais qui partagent souvent les mêmes frustrations et les mêmes questions.
Le texte est composé de paroles recueillies partout au Québec. On passe d’un casse-croûte à un gîte, d’un bureau à une église, et on écoute une mosaïque de voix raconter, simplement, leur expérience de la politique provinciale. Prêtres, étudiant·e·s, enseignant·e·s, administrateur·trice·s, bûcheron·ne·s, pêcheur·euse·s, mécanicien·ne·s, agriculteur·trice·s, journalistes, fonctionnaires, bénévoles… des voix jeunes et âgées, riches et pauvres, francophones et anglophones.
Avec la satire comme moteur, Novembre fait passer une idée sérieuse: une démocratie vivante demande qu’on y prenne part. Et si certains problèmes durent, c’est aussi à nous tous et toutes de nous en sentir responsables. Le tout porté avec humour, par une galerie de plus de trente personnages québécois.
L’élection provinciale de 1998
Le 30 novembre 1998, le Québec retourne aux urnes trois ans après le référendum de 1995, perdu de justesse par le camp du OUI (49,4% contre 50,6%). La question nationale demeure au cœur du débat, créant une tension permanente entre deux visions irréconciliables du Québec. Lucien Bouchard, devenu chef du Parti Québécois et premier ministre en 1996 après la démission de Jacques Parizeau, fait face à Jean Charest, fraichement arrivé du fédéral pour prendre la tête du Parti Libéral du Québec et mener la lutte fédéraliste. À ce duel s’ajoute l’ADQ de Mario Dumont, qui tente d’imposer une troisième voie.
Le scrutin se déroule dans un climat de profonde division. Le Québec est scindé entre souverainistes et fédéralistes, chaque camp retranché dans ses certitudes. Les débats s’enflamment autour des tables familiales, dans les bars, au travail. C’est dans ce contexte qu’Annabel et Alex font leur enquête.
L’élection est restée célèbre pour son résultat « à contre-courant »: le PLQ obtient plus de votes (43,55 %) que le PQ (42,87 %), mais le PQ gagne nettement plus de sièges (76 contre 48) et conserve le pouvoir, un paradoxe qui expose les limites du mode de scrutin à un tour.


Pour incarner les chefs des deux principaux partis, Novembre a recours a des marionnettes d’ombres conçues par Faye Dupras.

Les quatre questions de Novembre
Ce pamphlet de 1998 accompagnait l’enquête citoyenne de Novembre. On y retrouve une mission qui n’a rien perdu de sa pertinence.
Le Projet Porte Parole vise à explorer les questions ci-dessus au moyen d’un dialogue direct avec vous. Nous ne sommes pas un groupe de sondage. Nous ne sommes par membres d’une organisation de journalistes. Nous ne représentons pas un parti politique. Nous ne voulons pas votre vote. Nous sommes deux citoyens très préoccupés par la santé du débat public au Québec.
Il est temps de reconnaître que, quelque part entre la gauche et la droite, entre le non et le oui, entre la vérité et le mensonge, nous avons perdu notre lien avec la réalité. Est-il possible de redonner au débat politique un sens qui nous permette de faire valoir nos arguments de façon responsable et d’enfin recommencer à décider?
Quelle est votre relation avec le gouvernement du Québec?
En quoi votre voix contribue‑t‑elle à la démocratie dans la province?
Qui définit les modalités de la discussion politique au Québec?
La participation a‑t‑elle cédé la place au cynisme dans notre dialogue politique?








